Thierno Souleymane Sallé, proviseur du lycée Elhadj Boubacar Barry, situé dans la commune urbaine de Mamou, en Guinée. Cet établissement public, implanté au quartier Sêré à 4 kilomètres du centre-ville, a été trouvé hermétiquement fermé ce lundi 9 février 2026 par des individus inconnus. Ils ont obstrué les serrures avec des barres de fer, du sable et de la colle minute, empêchant tout accès. Résultat : pas de cours ce jour-là, y compris pour la direction. Les élèves n’ont pas pu étudier, et une rencontre entre autorités et parents d’élèves est prévue mercredi 11 février 2026. Interrogé, le proviseur a déploré cet acte récurrent.
« Effectivement, ce matin de lundi 9 février 2026. Étant le premier jour de la semaine, très tôt nous étions à l’école. Mais malheureusement, nous sommes venus trouver que tous les cadenas étaient bouchés. Au fait, c’est ni la première, ni la deuxième, ni la troisième fois. Souvent, les cadenas qui ferment les salles de classe ils (des inconnus) viennent mettre des petites barres de fer et mettre du sable à l’intérieur et puis accompagnés par du la colle minute. Donc ils ferment hermétiquement et la partie à travers laquelle on peut ouvrir le cadenas. Même pendant ces compositions passées, nous sommes venus une fois trouver il y avait cinq ou six salles de classe qui étaient dans cet état. Alors ce jour encore, on a été obligé de casser tous ces cadenas et aller acheter d’autres pour venir et pouvoir continuer les compositions. Mais sauf que ce jour, je leur ai dit ( aux élèves), je dis que la prochaine fois que nous allons venir trouver pareille situation, que ce jour et cette salle de classe qui sera dans cet état ne fera pas cours. Jusqu’à ce qu’ils achetent un nouveau cadenas et venir afin qu’on casse celui qui est là et qu’on mette celui qu’ils ( inconnus) ont envahi. Donc les cadenas, je les détiens dans mon bureau. J’ai reçu de 5 à 6 cadenas pour le tout dernier cas.Malheureusement, même le vendredi passé, la douzième science sociale, nous sommes venus le matin trouver la porte comme ça. Ce jour, cette classe n’a pas étudié. Je leur ai dit, si vous n’avez pas un nouveau cadenas, vous n’allez pas faire cours. Et ils n’ont pas fait cours ce vendredi. C’est le samedi avant-hier qu’ils ont envoyé un nouveau cadenas, on a cassé l’autre, ils ont fait cours et après ont a fermé des classes, on a mis les cadenas.
Malheureusement encore ce matin de lundi, on vient de trouver les 13 salles de classe que composent l’établissement étaient complètement fermées, y compris la direction cette fois-ci. Même la direction n’a pas été épargnée. Même nous, on n’avait pas accès à notre bureau. Donc là, c’était le comble. Et du coup, j’ai appelé le président de l’APAE. J’ai appelé son adjoint. J’ai appelé le chef du quartier. J’ai appelé le DPE. J’ai appelé le chef section de l’IRE pour leur expliquer. Alors, du coup, tout le monde s’est déporté sur les lieux. Ils sont allés constater les faits. Et ensemble, on a défini les stratégies qu’il faut mettre en place. Et voilà. Donc, c’est ce qui s’est passé pour la journée d’aujourd’hui. » a retracé Thierno Souleymane Salle. »
L’école n’est pas clôturée. Et si l’école n’est pas clôturée, les gens viennent faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas clôturé, donc c’est un peu difficile. La gestion est très difficile, malgré les gros efforts que nous déployons. Le personnel encadrant le proviseur, censeur, D.E.
Nous faisons ce que nous pouvons faire, mais si une école n’est pas clôturée, une grande école comme ça, de la 7e à la terminale, c’est très difficile vraiment de contrôler tout ce qui se passe autour.
Moi, jusqu’à preuve du contraire, je continue à accuser certains élèves. C’est une petite minorité d’élèves inconscients qui savent déjà que les études ne sont pas faites pour eux.
Voilà, qui ne veulent pas que les autres étudient. Voilà, moi, ce sont ces élèves inconscients que j’accuse. Mais comme on n’a pas de preuves, on n’a vu personne de le faire, on ne peut dire que c’est ça, c’est ça.
Parce que ça m’étonnerait que des gens qui ne soient pas élèves viennent faire ça. La plupart des élèves que je connais qui habitent à côté de l’école, souvent c’est des gens très polis, très discutés, qui font de bons résultats. Je connais, il y a deux filles à côté, mais qui sont de très bons élèves. Bon, ceux qui sont à côté de l’école, honnêtement, c’est de bons élèves. Ils font de bons résultats aussi pendant les examens. » a-t-il ajouté.
« Écoutez, moi, quand j’ai été nommé proviseur là-bas en 2022, j’ai attiré l’attention des autorités sur un autre fait. D’abord, le manque de clôture en est un, mais il y a autre chose qui me préoccupe davantage, c’est l’état dans lequel se trouvent les plafonds et même les tôles, la charpente. Alors, demain, c’est un problème que ça va tomber sur des enfants, je ne sais pas. Alors, depuis 2022-2023, j’ai écrit. J’ai écrit à l’IRE, j’ai écrit à la DPE par voie hiérarchique. C’est remonté jusqu’au département. Mais malheureusement, jusqu’ici, il n’y a pas eu de suite favorable. Alors, j’ai demandé auprès de l’APAE, le bureau de l’APAE. J’ai rencontré le bureau de quartier, le chef de quartier de l’époque, et même le nouveau chef de quartier, à deux reprises, on a échangé. Je leur ai dit que cette école, c’est une école publique. C’est une école qui leur appartient. C’est pour la communauté.
Ce que l’Etat peut c’est de construire l’école pour la communauté. Mais l’entretien, le suivi, ça revient à la communauté. L’État ne va pas tout faire. L’État ne va pas être là tous les jours. Donc je leur ai dit que comme l’école c’est fait pour eux, c’est une école publique, c’est pas payant. Leurs enfants viennent, des milliers d’élèves viennent étudier là-bas chaque année. Ils ont les moyens de le faire. Ce qu’ils ont les moyens, c’est juste une négligeance ou un manque de volonté. Mais ce qui reste clair, ils ont les moyens. C’est un quartier périphérique où tous les jours que Dieu fait, c’est des lotissements.
C’est des terrains qui sont en train d’être bazardés, vendus par-ci, par-là, parfois octroyés à des gens par-ci, par-là. Je leur ai dit, qu’est-ce qui vous empêche de vendre deux ou trois parcelles pour que vous venez clôturer cette école ? On n’a pas besoin de voir la couleur de votre argent. Vendez des parcelles, vous-même prenez cet argent, vous-même envoyez des maçons et autres, venez sécuriser votre école. Qu’aucun élément de l’école ne voit la couleur de cet argent. Mais si tant que vous ne le faites pas, la gestion devient très difficile. » a-t-il exprimé. »
Aujourd’hui et demain, il n’y a pas cours. Après demain, on a fait appel à ce que chaque élève vienne avec ses parents. On va faire un entretien, on va prendre des recommandations. S’ils ne cherchent pas à sécuriser l’établissement, si les conditions ne sont pas requises pour un enseignement, et pour même la sécurité des enseignants, ils vont déployer tous les personnes enseignantes du lycée EBB dans d’autres écoles. Parce qu’on ne peut pas aller dans ce territoire, c’est très risqué. Imaginez aujourd’hui, on était là-bas, mais moi j’avais peur au ventre, avec tout cet effectif là, arrêté dehors, ça a commencé à murmurer par-ci, ça a commencé à crier par-là, le risque est là. Voilà, donc ça ne peut pas continuer. » a-t-il conclu.
Face à ces sabotages répétés qui paralysent l’établissement et menacent la sécurité de tous, le proviseur Thierno Souleymane Sall appelle la communauté à une mobilisation urgente pour clôturer l’école et assurer un cadre d’études serein, sous peine de voir les enseignants réaffectés ailleurs.
Guineeconstat.com Mamou Ibrahima soum Soumah
