La colère est montée d’un cran ce mercredi 11 mars 2026 dans la préfecture de Kankan. Des femmes venues du village de Töron Banankö, dans la sous-préfecture de Sabadou-Baranama, ont manifesté à moitié nues devant la préfecture pour dénoncer la présence prolongée de troupeaux en transhumance dans leur localité et réclamer la libération de plusieurs jeunes arrêtés.
Parties très tôt de leur village, les manifestantes ont parcouru plusieurs kilomètres avant d’entamer une marche du quartier Kankancoura jusqu’à la préfecture. Arborant des foulards rouges et scandant des slogans hostiles à la transhumance, elles ont exprimé leur ras-le-bol face à ce qu’elles considèrent comme une menace pour leurs moyens de subsistance.
Au cœur de leur colère : la destruction des cultures. Selon ces femmes, les troupeaux en provenance du Mali ont ravagé plusieurs champs, compromettant ainsi les réserves alimentaires des familles.
<< Nous ne voulons pas de ces troupeaux chez nous. Nos champs de manioc et d’ignames sont détruits. Nous sommes venues demander la libération de nos parents qui sont en prison >>, a déclaré Assetou Camara, habitante de Töron Banankö.

Même son de cloche chez Sama Konaté, dont le mari figure parmi les personnes interpellées.
<< Mon mari est en prison depuis plusieurs jours. Nos jardins sont tous détruits. Nous demandons qu’on fasse partir ces troupeaux et qu’on libère nos maris >>, a-t-elle plaidé.
Selon certains habitants, la population avait pourtant alerté les autorités locales dès l’arrivée des troupeaux.
Mais la situation n’aurait pas évolué malgré les promesses faites par l’administration.
<< Le sous-préfet nous avait promis que les troupeaux quitteraient la zone dans un délai de quinze jours. Mais cela fait maintenant trois mois qu’ils sont toujours là >>, a expliqué un citoyen de la localité.
La tension s’est aggravée après un incident survenu récemment. Des jeunes du village, excédés par la destruction des cultures, se seraient rendus en brousse et auraient abattu plusieurs bœufs appartenant à des éleveurs. Le propriétaire du troupeau affirme que douze bêtes ont été tuées.
À la suite de cet incident, plusieurs jeunes ont été arrêtés par les autorités.
Face à la mobilisation des femmes, les autorités préfectorales ont convoqué une réunion d’urgence pour tenter d’apaiser la situation. Le procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé, a indiqué que les autorités ont pris acte des plaintes formulées par les citoyens.

Selon lui, les dégâts dans les champs ont été constatés et des mesures sont envisagées pour trouver une solution durable à ce conflit entre agriculteurs et éleveurs. Il a également précisé que les personnes interpellées ont sollicité une mise à disposition, une procédure qui sera examinée conformément à la loi.
Il est a souligné que dans cette partie de la Haute-Guinée, les conflits liés à la transhumance sont de plus en plus fréquents. Ils opposent généralement agriculteurs et éleveurs autour de la destruction des cultures, de l’accès aux pâturages et du respect des règles encadrant la transhumance dans la sous-région.
